Il y a un temps pour tout. Dans le numéro du 6 mai 1871 du Drapeau Tricolore, Francisque Sarcey avait souligné le problème que posait l'existence de la Commune de Paris, et indiqué la solution qui lui était immédiatement applicable :

"Il faut que Paris cède et soit vaincu. Dût-on noyer cette insurrection dans le sang, dût-on l'ensevelir sous les ruines de la ville en feu, il n'y a pas de compromis possi-ble..." ("Le feu sous la cendre", page 301)

C'est qu'il y va d'une question de principe. Francisque Sarcey l'abordait, dans le même numéro, mais quelques lignes avant :

"Le siège de Paris, en suspendant tout travail, en allouant trente sous par jour aux gardes nationaux, pour jouer au bouchon sur les remparts... a développé leurs instincts de fainéantise et donné des armes à leur brutalité naturelle. Les loisirs qu'il leur a faits les ont mis à même de se compter, de s'organiser, de conclure ensemble le pacte de la paresse et de la haine..." ("Le feu sous la cendre", pages 300-301)

Ayant constaté l'impéritie des autorités face à l'envahisseur prussien, la Commune de Paris avait en effet pris ses responsabilités en organisant elle-même la défense de la capitale et sa libération de l'emprise ennemie. Le coeur de l'affaire, c'est qu'en agissant ainsi, elle rétablissait la citoyenneté populaire et laissait prévoir des lendemains où le travail ne serait plus susceptible de rentrer sagement sous la domination de la bourgeoisie.

Le 15 mai, le Figaro voyait, lui, un peu plus loin dans le temps. L'affaire réglée par le sang, que conviendrait-il de faire pour garantir les temps futurs ? 

"Mettez sur les bords de la Nouvelle-Calédonie les cent cinquante mille personnes qui ne veulent pas se soumettre aux lois. Donnez-leur des vivres et des vêtements pour un an, fournissez-leur des outils, des armes, faites-leur une pacotille et dites-leur de fonder leur commune en paix..." ("Le feu sous la cendre", page 301)

... dans une colonie lointaine. On sait que c'est, en effet, ce qui a bientôt fini par se passer, et pas seulement avec les ancien(ne)s de la Commune.

Ce qu'il y aurait à trouver, dans les lointains, c'est une forme d'appropriation conquérante qui peut convenir à des tempéraments qu'on veut imaginer guerriers. Mais s'il s'agit, tout en restant sur le sol de France, de tenter d'échapper à cette domination bourgeoise qui réduit le travail ordinaire à n'être qu'un strict moyen de survie, il ne peut y avoir de quartier. C'est bien ce qu'énonce le Fils Duchêne, une brochure publiée durant ces semaines de sang :

"Il importe peu à ces braves communeux que Paris se ruine, que la misère, la maladie et la mort fassent des rafles dans la population ; ils n'ont rien à perdre, eux, puisqu'ils ne possèdent rien et qu'ils ne se battent pas... Assez de batailles comme ça ! Que l'armée de Versailles arrive jusqu'à vous, vous entoure, vous écrase, vous anéantisse et refasse la France tranquille, riche, heureuse... L'amputation de votre présence est nécessaire à la vie." ("Le feu sous la cendre", page 302)

... et nécessaire à la fondation d'une vraie nation, c'est-à-dire à la mise en oeuvre de ce système qui structure la domination bourgeoise, soit l'exploitation de l'être humain par l'être humain à travers le mode capitaliste de production et d'échange.

Michel J. Cuny