En 1833, la Chambre des pairs met à son ordre du jour le débat sur l'interdiction des sociétés mutualistes ouvrières. En février 1934, contre les articles 414 et 415 du Code pénal qui divisent "les citoyens d'une même cité en deux classes, l'une de maîtres, l'autre d'esclaves" et contre la suppression de l'entraide ouvrière, la grève générale est votée par la Fabrique lyonnaise.

Dans le journal la Glaneuse, Pierre-Antide Martin écrit :

"Citoyens, ce n'est pas seulement notre honneur national et notre liberté qu'ils veulent détruire, c'est notre vie à tous, notre existence qu'ils viennent attaquer. En abolissant les sociétés, ils veulent empêcher aux ouvriers de se soutenir dans leurs besoins, dans leurs maladies ; de s'entraider surtout pour obtenir l'amélioration de leur malheureux sort !" ("Le feu sous la cendre", page 12)

Après l'intervention militaire, l'abbé Pavy, futur évêque d'Alger, décrit ce dont il a été témoin dans l'église lyonnaise des Cordeliers :

"Des cadavres sanglants et défigurés par le feu, le fer des baïonnettes, des débris d'armes, de piques, de vêtements, les troncs brisés, les autels, les tabernacles, les portes des confessionnaux abattues, des sodats rouges de fureur (quelques-uns d'ivresse...) ou noirs de poudre, des brasiers encore ardents, une épaisse fumée dans toute l'étendue de l'église, un bruit confus, affreux de voix, de cris, de plaintes, de blasphèmes, et du sang, du sang partout !" ("Le feu sous la cendre", pages 12-13)

C'était bien là une façon radicale d'obtenir, des ouvriers, qu'ils acquièrent la "vertu" et la "réserve" nécessaires pour admettre, sans plus autre chose que de vagues récriminations, d'être soumis à l'ordre bourgeois. Mais le répit ne pouvait qu'être de courte durée. Dès 1848, il allait falloir remettre ça.

Mais, cette fois, nous sommes à Paris, et les ouvriers sont bien plus nombreux. D'où la nécessité dans laquelle se trouvait la bourgeoisie de recueillir des forces un peu partout en province. Ainsi est-ce avec joie et soulagement qu'Alexis de Tocqueville, député de la Manche, salue l'arrivée à Paris des quinze cents volontaires accourus de son département :

"Je reconnus avec émotion, parmi eux, des propriétaires, des avocats, des médecins, des cultivateurs, mes amis et mes voisins. Presque toute l'ancienne noblesse du pays avait pris les armes à cette occasion et faisait partie de la colonne. Il en fut ainsi dans presque toute la France. Depuis le hobereau le plus encrassé au fond de sa province jusqu'aux héritiers élégants et inutiles des grandes maisons, tous se ressouvinrent à cet instant qu'ils avaient fait partie d'une caste guerrière et régnante." ("Le feu sous la cendre", page 21)

Voilà donc en quoi consiste le creuset de la "nation"... et le sang qui va s'y déverser une nouvelle fois...

Michel J. Cuny